“Données” de la recherche, les mal-nommées

 » … Données de la recherche qui es-tu ?

A minima, on s’accorde implicitement sur l’idée suivante : quand on évoque « les données de la recherche », on désigne des chiffres, relevés, mesures, résultats d’expérience, réponses à des enquêtes, statistiques, comptages, et autres donnés quantitatives sur la base desquels va s’élaborer une hypothèse, et/ou qui serviront à infirmer ou valider cette hypothèse… bref essentiellement du quantitatif, que l’on pourra traiter, trier, exploiter, visualiser de manière homogène (…)

La notion de données elle-même est à géométrie variable. Pour ce point je m’appuie sur le projet Ecrito, projet de recherche porté par Muriel Lefebvre avec l’Urfist de Toulouse sur la question des archives de chercheurs (http://ecrito.hypotheses.org/) (…)

Parallèlement, l’absence de définition restrictive du terme « données » rend poreuse la frontière entre données et publications. Certains chercheurs par exemple revendiquent d’utiliser blogs et réseaux sociaux comme canal de publication, et de ne rédiger qu’ensuite, et pas systématiquement, un article soumis à des revues, article qui compte tenu des délais de publication paraîtra in fine entre 6 et 12 mois plus tard. Est-ce que les éléments originaux d’une proposition scientifique, diffusés et discutés par exemple sous forme lapidaire sur un réseau social, se rangent sous l’étiquette « données de la recherche » ? Ils ne sont pas un matériau brut, mais ils sont dépouillés de l’apparat conventionnel des formes éditoriales, sans autre validation que celle de l’auteur, et diffusés via des canaux que les institutions ne savent pas (encore) exploiter totalement. Comment faire en sorte de les prendre néanmoins en compte en tant que forme la plus rapide de divulgation d’un résultat, voire en tant que support d’une co-construction de savoir ? (…) »

Source > urfistinfo.hypotheses.org, Sylvie Fayet, 15 novembre 2013