Les pôles de compétitivité, la croissance et le territoire – Interview de Xavier ROY, Directeur de France Clusters

 » Un récent article de l’Opinion que nous avons republié sur Scoop.It portait un regard sévère sur la contribution des pôles de compétitivité à la croissance. Il remet notamment en cause leur rôle en matière d’aménagement du territoire ou leur position de « chasse gardée des PME ». A 30 jours des French Clusters Days, il nous a paru important de favoriser le débat. Aussi, Zones Mutantes a demandé à Xavier ROY, Directeur de France Clusters de répondre à quelques questions que nous avons dégagé de l’article de l’Opinion. Rappelons que France Clusters regroupe une majorité de pôles avec 45 adhérents sur 71 labellisés.

Zones Mutantes (ZM) : Les pôles de compétitivité ont-ils un niveau de croissance satisfaisant ? Pourquoi ?

Xavier ROY (XR) : Satisfaisant ? oui, si l’on prend en compte un critère de contribution globale des pôles, ce qui me parait le plus pertinent (…)

Les pôles de compétitivité peuvent-ils mieux faire ? L’histoire des pôles de compétitivité, vieille aujourd’hui de huit ans, apparait comme un processus permanent d’amélioration et de maturation. Ainsi, la politique incarnée par la formule évocatrice récente « passer de l’usine à projets à l’usine à produits » témoigne de cette dynamique de progrès. Aujourd’hui, les pôles déploient des feuilles de route dites « phase 3 » qui traduisent concrètement l’ambition  d’accompagner les entreprises membres vers plus de business, plus de R&D au service du développement de l’entreprises, plus de réseaux ouverts vers les acteurs de la commercialisation, de l’export, du financement. Objectif : accompagner les PME dans leurs parcours de croissance (…)

ZM – Pensez vous que le maillage du territoire, d’une part, et le développement de la croissance par l’innovation, d’autre part, soient des objectifs contradictoires ? Plus exactement, quels sont les éléments qui tendent à rendre antagoniques ces deux objectifs ? A contrario,  quels sont les éléments qui les rendent complémentaires ?

XR – On oppose souvent ces objectifs en matière de politiques publiques : veut on privilégier une politique « d’aménagement (ou d’égalité) des territoires » ou une politique « d’excellence  industrielle » ? La stratégie des pôles de compétitivité a incontestablement évolué. Je me rappelle ce que disait en 2004 Christian Blanc, l’instigateur des pôles de compétitivité, à travers son rapport sur les écosystèmes de la croissance : « idéalement, il faudrait que la France ait 4-5 pôles sur le modèle de la Silicon valley et quelques 300 clusters qui maillent le territoire national ». Que voulait-il dire ? 1) avoir une position nationale forte à l’international sur quelques domaines d’excellence privilégiés où la recherche tire le développement et 2) un réseau dense d’entreprises connectées, développant des habitudes de coopération, capables de réactivité grâce aux relations de confiances établies dans ces coopérations, informées en continu sur les évolutions technologiques majeures, inscrites sur des marchés porteurs dans lesquelles elles vont pouvoir mettre en application les innovations technologiques produites en partenariats entreprises/usagers/labo/universités/financeurs (…) Les pôles les plus performants ne continuent-ils pas aujourd’hui ce fer de lance voulu par Christian BLANC ? (…) «