Pour une meilleure visibilité de la recherche française 1/3 : Accès aux données sur la recherche

« Cet article rend compte d’une enquête en trois volets que nous avons menée pour comprendre d’où venait le manque de visibilité et de lisibilité de la recherche française. À défaut d’avoir pu tout couvrir, l’enquête nous a menés sur la voie de l’open data, mais pas au sens où on l’entend traditionnellement en science : ce qui nous intéresse ici ce sont les données sur la recherche récoltées par les administrateurs, et non pas les données scientifiques produites par les chercheur/ses. Cette distinction, qui devrait sauter aux yeux dès notre premier article, est reconnue notamment du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. Nous vous souhaitons une bonne lecture, en espérant ouvrir un chantier qui nous emmènera loin !

La recherche française, combien de divisions ?

La formule de Staline se demandant quelle était la force de frappe du Vatican pourrait très bien s’appliquer aujourd’hui à la recherche française. Qui comprend encore quelles thématiques scientifiques sont prioritaires ? Qui fait quoi dans le millefeuille des Labex, Equipex, Idex, unités de recherche, CUE ex-PRES, Instituts du CNRS, Alliances thématiques… ? Qui possède une vision année après année des financements accordés par l’Agence nationale de la recherche (ANR) ? Comment savoir quelle infrastructure de recherche a permis quelle publication ? À toutes ces questions légitimes, portées par les décideurs, les chercheurs ou les citoyens, il n’y a pas de réponses évidentes et surtout pas d’endroit où les chercher.

Comme l’affirmait le recteur de l’université de Liège, Bernard Rentier, auxJournées Couperin de janvier dernier, un dirigeant de la recherche doit savoir ce que ses labos produisent au même titre qu’un chef d’entreprise doit savoir quelles pièces ses employés produisent. De ce point de vue, les tableaux de bord de la recherche française sont bien lacunaires. La France pilote sa recherche dans le brouillard et les scientifiques en sont rendus à suivre le sens changeant du vent et à user d’entregent politique pour conduire au mieux leurs travaux.

Or ce n’est pas une fatalité. Pour l’université de Liège, il a suffi de rendre obligatoire le dépôt des publications des chercheurs dans son archive ouverte pour percevoir l’étendue des recherches menées, et la quantité des travaux publiés (qu’ils n’imaginaient pas). Et pour un pays comme la France ? Nous arguons que des données sur l’activité et la production de la recherche existent déjà mais qu’elles sont enfouies dans les organismes. Une première étape consisterait donc à les rassembler et les publier : c’est l’injonction de l’open data faite à l’administration française et qu’est chargé de coordonner un service du Premier ministre, Etalab.(…) »