Armand Hatchuel (CNRS) : « Croire aux lois de l’économie empêche d’innover »

« Dans les pays à salaires élevés, vous plaidez pour un « choc d’innovation ». Qu’entendez-vous par là ?

… Pour la France, cela signifie que la bataille se déroule non pas en Asie sur le terrain des coûts de fabrication, mais en Europe ou aux Etats-Unis sur le terrain de l’offre. Autrement dit, sur celui de l’innovation.

Le visage de l’innovation change-t-il ?

Oui, car les populations des pays riches sont tellement éduquées qu’elles s’attendent à des offres innovantes poussées par un marketing élaboré (…)

L’Ecole des Mines ParisTech a mis eau point la méthode KCP*. En quoi consiste-t-elle ?

Elle s’appuie sur trois phases. La phase K (Knowledge) qui vise à permettre à une entreprise d’identifier des champs d’innovation sur lesquels elle va organiser la rupture. On met en place un groupe de travail à qui on ne demande pas d’être créatif mais de se confronter à de nombreuses innovations contemporaines hors de son domaine. On demande aux personnes de sortir de la représentation naturelle qui vient de leur métier. C’est le contraire du Brain Storming. Pour remettre en cause l’identité des objets habituels d’une entreprise, celle-ci doit d’abord se placer en position d’écoute. Ce travail peut durer jusqu’à 3 mois à 50 ou 60 personnes à raison de plusieurs séances par mois. Vient ensuite la phase C (Concept), à savoir une phase plus créative mais à partir de concepts qui sont choisis en fonction de règles issues de la théorie de la conception. Par exemple, un groupe va explorer une voie ‘‘haut de gamme’’ et l’autre, une voie Low Cost. Très contrastés, ces concepts ‘‘projecteurs’’ sont l’occasion pour chacun de s’exprimer. Enfin la phase P (Project) correspond à la phase de projet où l’on hybride ce qui ressort des différents groupes. C’est à ce moment-là que l’on va parler de stratégies d’innovation. L’enjeu, c’est alors de passer de 60 personnes à 1 000 ! Nous avons pu développer cette méthode avec des entreprises comme la RATP, Thales, la SNCF ou Safran. »

Source > lesechos.fr, Erick Hess, 17 octobre 2013