L’humour est de plus en plus requis chez les cadres

 » Selon Marc Loriol, sociologue du CNRS, le rire spontané au travail cède la place à un rire «technique de management».

(…) une cohorte de chercheurs à plancher sur le sujet et à livrer un gros dossier sur l’humour au boulot dans la revue les Mondes du travail. Dans le rôle du coordinateur, le sociologue Marc Loriol (1), chercheur au CNRS (IDHE-université de Paris-I Panthéon-Sorbonne)

Prôner le sens de l’humour jusque dans les offres d’emploi, est-ce nouveau ?

Disons plutôt que cela s’intensifie. L’humour, associé à l’esprit d’équipe, à l’adaptabilité, est de plus en plus requis chez les cadres intermédiaires (…)

Quand l’humour est-il devenu un enjeu ?

Cela a commencé dans les années 70, aux Etats-Unis, en lien avec la montée du discours sur le stress. Et la mode du management non directif, ne devant plus faire de l’autorité pour l’autorité, mais pratiquant la convivialité, l’empathie (…)

Et en France ?

Cela arrive dans les années 90, en lien avec une réflexion sur ce qu’on appelle désormais les «risques psychosociaux» et sur l’encadrement intermédiaire. A cette époque où les décisions commencent de plus en plus à se prendre dans les hautes sphères, au-delà des ateliers, des entreprises, se développe l’idée que le bon manager intermédiaire, bien que de moins en moins maître de ses objectifs, doit savoir créer l’adhésion, communiquer (…)

Et au CNRS, on se marre bien ?

Je constate – c’est une observation non scientifique – que plus la matière est austère, comme la criminologie ou le droit, plus les gens – dans les colloques notamment – font montre d’humour, là où des sociologues qui planchent sur des sujets plus légers se prennent parfois très au sérieux.

(1) Il publie ce mois-ci avec Françoise Piotet et David Delfolie «Splendeurs et Misères du travail des diplomates». «