Entre alertes et notifications : internet « in medias res »

« Cet article est une version « auteur » d’un texte de commande pour la revue Medium, à l’occasion d’un prochain numéro à paraître à la rentrée (universitaire) (…)

Alors que le web est âgé d’un peu plus de 25 ans (2), nous avons vu successivement défiler l’internet des pages web (le World Wide Web), l’internet du temps réel avec les blogs et l’essor du web 2.0 faisant la part belle aux logiques participatives et contributives (World Live Web), puis l’internet des profils avec les réseaux sociaux dans lesquels c’est l’individu qui occupe la place centrale jadis occupée par les documents (World Life Web (3) – « l’homme est un document comme les autres » (4) ), puis récemment l’internet socio-sémantique dans lequel des bases de données structurées sémantiquement permettent aux moteurs de mieux comprendre nos requêtes et d’y répondre en s’appuyant sur des technologies sémantiques (Google Knowledge Graph (5) ).

Les deux dernières évolutions de ce média touchent d’une part à l’essor des « applications » (apps) qui occupent désormais une place centrale dans les habitus de navigation, au détriment du web lui-même (6), et d’autre part à l’explosion annoncée et déjà palpable de l’internet des objets (Internet Of Thing) (7) dans lequel notre corps servira d’interface (World Wide Wear) (8) (…)

Lorsque la notification se fait omniprésente, lorsqu’elle se substitue au temps réel de nos sociabilités en l’écrasant de sa pregnance, lorsqu’elle est mise en place par des algorithes déjà capables de connaître la nature, l’heure, le moment et même parfois le « sentiment » qui préside à la moindre de nos interactions, lorsque cette même notification s’invite au plus près de notre corps, par exemple par l’intermédiaire de montres ou de lunettes connectées, se pose alors la question de savoir si elle a vocation à devenir autre chose qu’un dispositif de téléguidage de l’ensemble de nos comportements au travers d’une focale attentionnelle totalement « sous-contrôle ». De savoir si elle fonctionne comme un simple « rappel » supposé éviter l’omission, l’oubli, ou si elle est, bien au-delà, d’abord une prescription, une ordonnance, une cadence infernale à laquelle il devient impossible de se soustraire à moins d’opter pour une posture qui nous contraindrait à refuser toute connexion et nous condamnerait de fait à évoluer en arythmie complète par rapport aux temporalités qui régissent les comportements de nos proches et du monde (…) »